J’ai tout essayé… sauf peut-être ça

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Les relations parents-enfants sont parfois source de tensions, de conflits, de malentendus. Le motif de consultation fréquent des parents est « on a juste envie que ça s’arrête ». Désarmés, les parents semblent avoir tout essayé. La thérapie systémique de Palo Alto offre des pistes de solution, en dehors de ce qui a déjà été tenté.

En approche systémique Palo Alto, la règle est que nous, psychopraticiens de la thérapie systémique, voyons très rarement les enfants si ces derniers ont moins de 12 ans.

Nous travaillons et agissons sur les troubles du comportement des enfants et des adolescents (phobies, TOC, peur, angoisse de mort, crise…) à travers les parents.

D’une part, les enfants avant l’âge de 12 ans, et parfois même au-delà de cet âge, sont rarement demandeurs d’une thérapie. Il est donc difficile d’amorcer un travail thérapeutique car pour pouvoir aider une personne, il nous faut une demande d’aide. Or trop souvent quand l’enfant ou l’adolescent est orienté par ses parents chez le psy, il n’est pas très demandeur d’aide. Souvent, il me répond ne pas savoir la raison de sa venue. Au pire il reste muet, au mieux il me dit «c’est mes parents qui m’orientent, je ne sais pas pourquoi ». Par ailleurs, en venant chez le psy, le message implicite envoyé à l’enfant est « ça ne va pas comment tu fonctionnes, tu n’es pas normal ». Ceci est à l’encontre de la posture non normative, non pathologisant des psychopraticiens en thérapie systémique de Palo Alto. Car le risque c’est que l’enfant finisse par se dire : « si quelque chose ne tourne pas rond chez moi, c’est que j’ai un problème. Si j’ai un problème, c’est grave ». Pour certains enfants et notamment les plus fragiles, cela aggrave leur peur et / ou leur estime d’eux même. Pour d’autre, ils peuvent de manière parfois inconsciente se servir de leur étiquette psy pour obtenir des bénéfices secondaires. Ils peuvent aussi finir par s’identifier à cette étiquette qui les emprisonne. Ce qui confirme la dangerosité des « étiquettes ».

La thérapie systémique brève permet d’envisager un travail indirect avec les parents en les mobilisant comme des personnes ressources, pourvoyeurs d’informations, presque comme des co-thérapeutes. Les psychopraticiens de cette approche considèrent que les parents sont les mieux placés et connaissent le mieux leurs enfants.  Ce sont eux qui sont confrontés au problème quotidien de leur enfant. Ce sont eux qui interagissent pour essayer de résoudre ou pour mettre fin aux comportements de leur enfant. Quand ils viennent me voir en cabinet, ils ont souvent tout essayé en vain ! Surtout, ils sont épuisés, fatigués, à cran. « Madame, j’ai tout essayé, on est à bout… », «On lui répète sans cesse la même chose mais rien ne change, aidez-nous » «On ne sait plus quoi faire pour mettre fin à ses peurs, pour limiter ses crises, pour arrêter ses TOCS, ses obsessions ».

Sans la présence de leur enfant, les parents peuvent alors m’expliquer la situation problématique de manière complète et libre, sans devoir prendre de précaution, pour éviter que l’enfant ne soit catalogué ou blessé par le contenu des échanges. En séance, nous décodons l’ensemble des tentatives de solutions mis en place par les parents et qui bien malgré eux ont des résultats peu probants. En fonction du décryptage systémique, je propose des pistes différentes, en dehors de ce qui a déjà tenté. L’objectif est bien entendu de diminuer l’intensité et la fréquence des troubles du comportement de leur enfant (excès de colère, peur effrénée, addictions aux jeux, aux écrans …).

La thérapie systémique brève de Palo Alto considère que lorsque les solutions de bons sens ne fonctionnent pas, alors celles-ci maintiennent voire aggravent le problème. Ces solutions de bon sens peuvent également détériorer la relation parent-enfant. Il faut donc passer par d’autres voies qui peuvent parfois sembler étranges mais qui paradoxalement brisent le cercle systémique qui maintient le problème. Les parents sont invités à entrer en action/interaction de façon différente avec leur enfant. Cela les rend acteurs et non plus désarmés et impuissants face à leur enfant.

Bien entendu, je peux être amené à rencontrer leur enfant pour mettre fin à un problème qui le gêne au quotidien. J’ai d’ailleurs de plus en plus de pré adolescent et d’adolescent ( es) qui viennent de leur plein gré pour gérer une problématique personnelle. Au besoin et en accord avec l’adolescent ( e) , toujours dans le respect de la confidentialité des échanges, je peux être amenée à rencontrer les parents. Leur analyse de la situation, leur manière d’appréhender la situation, leur appui dans cette thérapie sont essentiels pour obtenir les meilleures conditions propices au changement.

Pour illustrer mon approche, je vous propose trois vignettes.

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Comment aider les enfants à gérer leur peur ?

Adèle, 6 ans, a peur de se faire kidnappée la nuit par des cambrioleurs.

Durée de la situation : 6 mois

Description brève des parents : ils m’expliquent que leur petite fille de 6 ans regardait un soir les informations en leur compagnie. Le présentateur du JT annonce les cambriolages d’été en hausse depuis quelques années. Une mère de famille témoigne dans l’émission d’un cambriolage en pleine nuit. Lui et son mari n’ont rien entendu. Ils dormaient à l’étage et ce n’est qu’au petit matin, qu’ils se sont rendus compte que la maison avait été visitée. Depuis, leur petite fille appréhende les nuits et ne veut plus dormir sans la présence d’un de ses parents.

Problème évoqué par les parents :

« Au départ, elle se réveillait la nuit, nous la rassurons et elle se rendormait. Puis, elle n’a plus voulu dormir seule. Elle dort désormais avec nous, ce qui est quand même gênant pour notre vie de couple. Aujourd’hui, elle ne veut plus dormir chez ses grands-parents, chez sa Tati…. La dernière fois sa copine a voulu faire une soirée pyjama. Elle n’a pas voulu s’y rendre ce qui est dommageable pour sa vie sociale ».

Décryptage systémique :

Je cherche avec les parents ce qu’ils ont essayé pour mettre fin à ses peurs. Quand vient l’heure du coucher, Adèle commence à rechigner et dire qu’elle a peur. Le papa tente de changer de sujet. La maman la rassure, en lui disant qu’ici elle est en sécurité. Le papa explique qu’il y a une alarme pour les cambrioleurs dans la maison, qu’ils sont dans un quartier sécurisé, qu’elle ne risque rien.

Il m’apparait donc très rapidement que toutes les tentatives de solution vont dans le sens de rassurer Adèle. « Tu n’as aucune raison d’avoir peur » est bien le message implicite commun à chaque tentative de solution des parents.

Explication aux parents pour les amener à changer de stratégies :

Vous aviez raison de rassurer votre enfant. C’était la première chose à faire et cela aurait pu marcher. D’ailleurs pour certains enfants, ça marche ! On les rassure tout au plus deux fois et ils passent à autre chose. Mais il semble que chez Adèle, ce ne soit pas le cas. « L’enfer de la peur est paré des bonnes intentions de la réassurance ». Souvent la réassurance fonctionne pour des petites peurs. Soit cela les calme soit cela les valide. Et chez Adèle, cela les valide.

A chaque fois que vous la prenez avec vous dans votre lit, elle reçoit le message implicite qu’elle a de bonne raison d’avoir peur, cela légitime sa peur. Et avec le message en filigrane qu’elle est incapable de s’endormir seule et de gérer ses peurs.

Les enfants ne sont pas dupes. Ils entendent des choses, à l’école, à la télévision. Si vous et moi savons que les risques de danger sont très minimes, son inconscient sait que le danger existe et qu’elle n’est pas préparée pour y faire face. La peur a une fonction : elle sert à nous protéger, à nous préparer, à s’armer, à prendre des précautions. Tant que cette peur ne sera pas validée, reconnue, elle criera plus fort pour se faire entendre. En la rassurant, cette peur n’est pas reconnue et elle ne peut donc pas se préparer à y faire face.

Préconisation aux parents : « tu as de bonnes raisons d’avoir peur »

Je demande aux parents de prendre vingt minutes avec Adèle avant le coucher pour qu’elle vide son réservoir émotionnel concernant ses peurs et de ne pas la rassurer puisque c’est là quelque chose qui aggrave ses peurs. Si Adèle insiste pour se faire rassurer, les parents devront la rejoindre en disant qu’elle a de bonne raison d’avoir peur. Personne ne peut prédire l’avenir. Personne ne peut lui garantir que la maison ne se fasse pas cambrioler un jour dans la nuit alors qu’elle dort. Son inconscient le sait trop bien. Puis de rejoindre sa peur, de la laisser s’exprimer : « de quoi as-tu peur ? qu’est ce qui te fait le plus peur si on se fait cambrioler ? et ensuite ? qu’est ce qui se passerait ? que ferais tu alors ? comment réagirais tu ? et ensuite et après ? » sans chercher à la raisonner ou à la réassurer mais en allant toujours un peu plus loin que sa peur.

J’invite également les parents à ne plus dormir avec leur fille. Si elle vient pendant la nuit, lui dire qu’elle est capable de dormir seul, et qu’ils sont bien trop fatigués pour se lever.

J’insiste sur le fait que ce sera difficile pour les parents. Adèle va probablement voir ce changement d’attitude. C’est pourtant en maintenant ce nouveau cap que ses parents l’aideront à reprendre le contrôle de ses peurs pour que ces dernières ne deviennent plus envahissantes. Il faudra tenir bon jusqu’à la prochaine séance !

Effet recherché :

En proposant un tout autre discours « tu as de bonne raison d’avoir peur » en allant toucher du doigt leur peur, paradoxalement, les enfants se rassurent d’eux mêmes et finissent par trouver des ressources. Je dis souvent que les enfants n’ont pas besoin d’ être rassuré mais de se rassurer. En l’encourageant à parler de sa peur, Adèle peut l’écouter. En l’encourageant à y faire face, ses parents l’aident à trouver les solutions qui lui conviennent le mieux. Son inconscient peut alors être rassuré sur le fait que Adèle est préparée.

Résultat :

Les parents ont joué le jeu. Ils ont découvert que ce qui était le plus effrayant chez Adèle, c’est de se faire kidnapper, enlevée de chez elle, dans la rue, qu’elle pourrait ne plus revoir ses parents.  Les parents ont rejoint leur fille en disant que c’est effrayant et qu’ils comprenaient mieux ses peurs. Les parents ont déroulé le scénario catastrophique en demandant à chaque fois ce qu’elle ferait si cela arrivait. Qu’est ce qui serait le plus dur ? La petite fille a beaucoup pleuré mais a fini par faire face à ses peurs. Elle s’est dit qu’elle crierait très fort si quelqu’un l’enlevait, qu’elle ne parlerait ni ne s’approcherait d’un inconnu dans la rue. Un jour elle a dessiné les cambrioleurs. Ils étaient huit sur le dessin. Sa maman a déroulé le scénario de ses peurs. La petite fille a répondu que si elles les entendaient arriver dans la maison, elle ferait la morte comme ça ils ne pourront plus la kidnapper ou elle leur ferait sentir ses pieds qui sentent très fort (qui « puent » pour reprendre exactement ses mots… 😊) de manière très imagée et très humoristique.

Peu à peu les peurs se sont estompées. Cela a pris du temps et ne sait pas fait du jour au lendemain. Après une phase de consolidation de 3 mois, la maman explique qu’Adèle a eu de nouvelles peurs.  Mais cette fois ci, ce sont des monstres qui s’introduisent dans la maison. Les parents ont reproduit le même scénario catastrophique. « Alors quel genre de monstre ? qu’est ce qu’ils font ? d’où viennent ils ? dessines les moi ? comment tu réagis ? et qu’est ce que tu feras si ils te mangent? ». Cela a duré deux nuits et la petite fille a répondu qu’avant même qu’ils la mangent, elle les kidnapperait avec son livre et les enfermerait dans les pages.

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Les crises de colère chez l'enfant : les comprendre et les prévenir

Lilio 4 ans crie tape hurle à la moindre frustration

Durée de la situation : Depuis quand : depuis l’âge de deux ans et demi

Description brève des parents : Lilio fait des crises de colère violentes 2 à 3 par jour et d’une durée variable de 15 à 30 minutes.

Dernière séquence violente rapportée par la mère : Ils sont chez des amis. Ils doivent partir car il est tard. Lilio « c’est l’heure de partir viens mettre tes chaussures et dire au revoir ». Lilio fait semblant de ne pas entendre et continue de jouer avec ses copains. Le papa intervient : « Lilio range les jouets et viens dire au revoir ! ». Lilio commence à dire non et veux encore jouer. Les parents tentent alors de lui expliquer qu’il est l’heure, qu’il faut rentrer et que toutes les bonnes choses ont une fin. Lilio montre fermement son opposition, les parents insistent et Lilio commence à s’agripper la jambe de son père puis à se rouler par terre. Les parents tentent de le raisonner mais devant son obstination, les parents le prennent sous le bras. Lilio se débat, jette des coups de pieds devant le regard gênée des amis. Cette crise est l’une parmi tant d’autre. La maman explique que dès Lilio n’a pas ce qu’il veut, comme un jouet ou un paquet de bonbons dans le rayon du magasin, l’écran de sa tablette…, c’est la crise assurée pouvant aller jusqu’à ce que Lilio se fasse mal (il se cogne la tête par terre), ou tape sa mère voire son père.

Décryptage systémique :

Face à ce comportement, quelles sont les tentatives de solution des parents pour y mettre fin ? :

  • Le raisonner,
  • Rappeler les règles,
  • Le punir mais il ne reste pas au coin,
  • Parfois maman épuisée cède à ses demandes,
  • Ils crient de plus en plus fort, parfois mettent des fessées,
  • Le récompense quand il a un comportement attendu.

J’observe que toutes les tentatives de solution vont dans le sens de « calme toi, écoute nous, tu ne dois pas faire de crises ».  Même si le comportement des parents est différent en apparence, le fond du message reste le même avec pour résultat, des crises qui se répètent et une relation qui se dégrade.

Une fois encore ces tentatives de solution auraient pu marcher. Mais forcer est de constater que ce n’est pas le cas ici. Et dans l’approche systémique brève Palo Alto, quand des solutions se répètent et qu’elles ne donnent pas de résultat probant sur le long terme, le problème se maintient voir s’aggrave avec le temps. Ce que confirme les parents.

Explication aux parents de Lilio pour les amener à changer de stratégie :

En cédant, votre enfant a compris qu’il pouvait crier un peu plus fort que d’habitude.

Quand vous criez ou lui mettez la fessé, il apprend par cette manière qu’il a le pouvoir de faire perdre le contrôle à ses parents ce qui est angoissant pour lui du haut de ses 4 ans.

Enfin pour certains enfants et je ne sais pas si c’est son cas, mais en agissant ainsi il fait l’apprentissage qu’il peut obtenir de l’attention par les punitions, ce qui pour certain enfant est parfois moins pire que de ne pas avoir ce qu’il désire.

Enfin si vous le récompensez pour un comportement attendu, implicitement, il enregistre le message qu’un comportement exemplaire se fait sous condition d’une récompense et cela peut l’emmener au chantage. Il perdra toute motivation intrinsèque de bien se conduire car soumis à une récompense extrinsèque.

Pour sortir de l’émotion comme la frustration ou la colère, il faut qu’il y ait colère. En rejoignant son émotion et en la laissant s’exprimer, elle finira par passer et il apprendra à gérer cette frustration en la traversant.

Afin d’apaiser la situation, je propose aux parents une autre stratégie qui va à l’encontre de « calme toi, écoute nous, ne fait pas de crise » puisque c’est là quelque chose qui maintient et aggrave les crises. Comme disait Einstein « la folie c’est de se comporter de la même manière en espérant des résultats différents ».

Préconisation faite aux parents : « tu peux ne pas te calmer et tu peux même faire une crise si tu en ressens le besoin »

Prescrire la crise en l’anticipant face à une situation redoutée par les parents. Par exemple « tu sais Lilio, on va aller faire les courses. Nous allons passer devant le rayon des bonbons et tu vas me demander de t’en acheter. Je vais te dire non et là tu vas commencer à insister et je vais te dire non à nouveau. Alors là tu vas crier puis te rouler par terre. Donc s’il te plait fait ta crise maintenant avant de partir. »

Amplifier la crise dès qu’elle arrive : « vas-y, tu as de bonne raison d’être en colère. Si tu en as besoin, fait là mais quoiqu’il en soit nous ne céderons pas ». Et tenir !

Résultat :

Bien sûr dans les premiers temps, l’enfant a testé ses parents. Il a tout fait pour les faire céder ou leur faire perdre le contrôle en criant, en tapant des pieds. Mais les parents étaient prévenus de la réaction de Lilio. Ils savaient que leur enfant réagirait fortement à ce changement d’attitude. Qu’il ferait tout pour qu’ils reviennent à leurs anciennes attitudes. Ils ont tenu et maintenu les préconisations (bravo les parents 😊).  Les crises se sont espacées et avec le temps elles ont été moins fortes en intensité. Après six séances, Lilio avait fait une seule crise de 20 secondes en un mois. Les parents en changeant leur interaction avec leur fils ont également changer de regard en considérant ses nouvelles crises comme des crises normales d’un enfant de cet âge. Lilio voyant le changement d’attitude de ses parents s’est probablement senti plus serein et réconforté par des parents ne se laissant pas emporter par leurs propres émotions. Et probablement, cela a contribué à diminuer l’intensité émotionnelle de Lilio.

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Encoprésie chez l'enfant Voiron : une approche systémique

Marcel, 12 ans a un problème d’encoprésie

Durée de la situation : depuis l’âge de ses 8 ans. Les parents associent son problème avec l’arrivée d’un troisième enfant dans leur famille.

Description brève des parents : ils m’expliquent que depuis plus 3 ans, ils vivent un enfer. Leur enfant ne maîtrise plus ses selles. Il ne sent pas quand il a une envie et ses vêtements se retrouvent souillés. Forcement cela a des répercutions très importantes. L’enfant se sent mal, il est honteux de cette situation. Les parents ont constaté que les fuites de selles survenaient souvent après une période plus ou moins longue de constipation.

Décryptage systémique :

Depuis 3 ans, les tentatives de solution des parents sont les suivants, sans changement notable sur son encoprésie.

  • Ils le réveillent la nuit pour aller à la selle,
  • Mise en place d’un calendrier pour aller à la selle,
  • Les parents se fâchent, parfois punissent,
  • Ils ont vu un pédiatre pour des lavements, un gastro entérologue,
  • Médicaments pour aller à la selle,
  • Régime alimentaire pour éviter la constipation qui précède les fuites,
  • Le papa amène Marcel chez un kiné urologue pour des exercices musculaires,
  • La maman nettoie ses culottes, ses draps et ses affaires souillées,
  • Les parents parlent beaucoup des selles de Marcel, toutes les discussions gravitent autour de « As-tu été à la selle aujourd’hui ? »,
  • La maman palpe le ventre de Marcel pour voir s’il est constipé.

Le dénominateur commun à toutes leurs tentatives de solution peut se résumer de la sorte : « Nous veillons à ce que tu ailles bien à la selle pour éviter la constipation, nous devons éviter les incontinences fécales et si elles arrivent, nous gérons leurs conséquences ». Leur réaction est somme toute assez normale et complétement logique. Ils veulent éviter que leur fils vive cette situation de mal être. Mais bien malgré eux, leurs tentatives de solution ne fonctionnent pas sur leur fils. Elles auraient pu fonctionner sur d’autres enfants, mais chez Marcel, la situation ne s’améliore pas voir s’aggrave.

Marcel lui-même :

  • Se palpe le ventre,
  • Se force à aller aux toilettes,
  • Il lui arrive même de se mettre un doigt dans l’anus,
  • Il vit très mal cette situation, se sent honteux.

Marcel s’envoie le message « je dois aller à la selle ».

Explication aux parents :

C’est complétement logique et en tant que maman, j’aurai probablement fait la même chose. Il fallait commencer par-là, mais chez Marcel, cela n’a pas l’air de fonctionner. C’est même plutôt l’inverse qui se produit, cela s’aggrave.

Je me demande si à force de lui parler de son problème, de tous les rituels mis en place pour aller à la selle, cela ne lui met pas une pression trop importante. Un stress qui chez lui se transforme en constipation et qui finit en incontinence.

La digestion, le sommeil, la respiration, l’alimentation, la défécation sont des fonctions spontanées en dehors de la volonté. Quand la raison ou la volonté intervient, le système végétatif se dérègle. Autrement dit, dès lors que j’essaie de prendre le contrôle sur une fonction spontanée, elle devient ‘‘aspontanée’’. Et cette fonction ne peut plus être naturelle.

A chaque fois que vous intervenez pour changer ses affaires souillées, il fait l’apprentissage de la déresponsabilisation.

Préconisation faite aux parents  : « aller à la selle n’est plus notre problème mais tu devras gérer les conséquences de ton incontinence »

J’ai demandé aux parents de ne plus parler du problème en famille et de ne plus chercher à l’aider notamment quand maman palpait son ventre, lavait ses affaires, en leur expliquant que sinon ils prenaient le risque d’aggraver la situation.

J’ai proposé aux parents d’arrêter le kiné pendant un temps, d’arrêter de changer ses affaires tout en précisant aux parents que cela n’était pas une punition mais une façon différente d’aider leur fils.  « Avec le psy, nous estimons que le kiné n’est plus nécessaire, tu es dispensé. Tu peux continuer à faire tes selles mais dorénavant tu vas assumer les conséquences car maman est trop fatiguée. » Sa maman lui a expliqué comment faire fonctionner la machine à laver, comment étendre le linge et a mis à sa disposition du savon de Marseille.

En parallèle, j’ai vu Marcel. Nous avons travaillé à l’inconfort de cette incontinence et de sa honte. Il se mettait beaucoup de pression à devoir aller aux toilettes ce qui n’arrangeait en rien sa constipation. Je lui ai demandé de laisser de côté sa constipation, d’arrêter de se palper le ventre car tant que nous ne gérons pas le stress du quotidien, il serait toujours constipé. Il était très demandeur de mettre fin à ses incontinences car elle engendrait pas mal de conséquences désagréables jusqu’à présent gérées par sa mère. Nous avons travaillé sur le stress du quotidien. Il se mettait beaucoup de pression à l’école avec la peur de se tromper ou de faire des erreurs. Son stress a fini par mieux être géré et les problèmes de constipation se sont arrangés.

Au bout de 6 séances, la situation s’est améliorée. Les parents me disent « ça pue encore mais plus tout le temps, on y prête moins attention et c’est mieux ainsi pour tout le monde ». Marcel me dira qu’il est passé d’une fuite de selle par jour à trois fuites par semaine. Au bout de 10 séances, nous étions à deux fuites par mois.

Il est certain que ces trois exemples semblent simplistes. Et on pourrait vite tomber dans un livre de recettes miracle ou de bonnes pratiques transposables à d’autres situations, ce qui serait dangereux. Les interventions demandent un bon décryptage systémique de chaque situation. Elles visent à résoudre le problème d’une personne donné dans un contexte précis. Les tentatives de solutions de chaque parent auraient pu tout à fait fonctionner et porter leurs fruits dans un autre contexte ou avec un autre enfant.

Dans ces trois exemples et de manière générale dans l’approche systémique de PALO ALTO, la difficulté de l’intervention consiste à convaincre nos patients d’adhérer à des pistes inverses à ce qu’ils font. Mon discours envers les parents n’est pas du tout moralisateur, jugeant. Leur réaction est logique et emprunte de bon sens. C’est d’ailleurs la première voie à prendre. Moi-même maman de trois enfants, je peux vite tomber dans des tentatives de solution et m’enliser dans des cercles vicieux. Il m’arrive d’ailleurs moi-même de consulter un intervenant systémicien pour avoir ce recul nécessaire et mettre en place d’autres manières d’agir avec mes enfants quand je sens que les situations se répètent en vain sans de réelles améliorations.

Car quand les solutions de bon sens ne fonctionnent pas, il faut passer par des solutions de résolution de problème aussi étonnantes que paradoxales.

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