Troubles obsessionnels compulsifs - Voiron
Quand la logique devient prison
Vous vérifiez que vous avez bien fermé la porte à clé, ou bien si le gaz est bien fermé. Une fois, deux fois, trois fois, dix fois voir plus. Vous vérifiez, vous partez, et pourtant vous venez vérifier à nouveau. Vous savez que vous l’avez fermée. Alors pourquoi cette sensation qui ne lâche pas ?
Bienvenue dans l’univers des TOC, des Troubles Obsessionnels Compulsifs. Un univers que 2 à 3 % de la population connaît de l’intérieur, souvent sans mettre de mot dessus, souvent avec de la gêne ou de la honte.
Un comportement qui part d'une bonne idée
Voilà ce qu’on ne vous dit pas souvent sur les TOC : à l’origine, c’est logique.
Prenez un chirurgien. Avant une opération, il se lave soigneusement les mains. Il vérifie chaque instrument posé sur le plateau. Il s’assure que rien ne manque. Ce comportement est non seulement rationnel, il est vital. Il protège son patient.
Maintenant, imaginez que cette même logique « si je contrôle, tout ira bien » commence à déborder dans la vie quotidienne. Je me lave les mains une fois, deux fois, dix fois par jour, par peur de la contamination. Je range et re-range jusqu’à ce que l’ordre me semble parfait. Je refais les gestes « dans le bon sens » pour que le danger s’éloigne.
Ce qui au départ était une réponse adaptée à une situation précise est devenu une réponse automatique à tout. Le comportement logique est devenu illogique, non pas parce que la personne a perdu la raison, mais parce que la solution a pris trop de place.
C’est ce que l’approche systémique de l’École de Palo Alto appelle une tentative de solution devenue problème. Le problème, c’est les solutions tentées et répétées.
Une aide psychologique pour sortir d' un trouble obsessionnel compulsif
Pourquoi le TOC s'installe : les origines
Le TOC n’est pas un bug. C’est une tentative de réponse à quelque chose de difficile à supporter ou à appréhender. La fonction du TOC peut répondre à un ou des besoins différents :
Besoin de se rassurer ou de s’apaiser : Je doute, je suis anxieux. Je fais mon rituel. Ça marche. L’anxiété baisse (temporairement). Mon cerveau enregistre : « le rituel fonctionne ». Alors je recommence. Et je crois de plus en plus en mon TOC, parce qu’il me fait du bien, parce qu’il me rassure… à court terme.
Besoin de contrôler : Face à quelque chose qui m’échappe (une maladie dans la famille, une relation instable, une peur de l’échec, la peur de perdre un être cher), le rituel me donne l’illusion que je tiens les rênes. « Si je fais ça, je maîtrise ce qui se passe. « Si je porte mon pull rouge le jour de l’examen, je ne raterai pas mon examen ». À l’occasion, ça ne pose aucun problème. Mais quand la réussite d’un examen devient conditionnelle à une couleur de vêtement et que passer sans ce pull provoque une panique réelle, on est entré dans la logique du TOC.
Besoin de me purifier : Une expérience douloureuse ou une pensée, une image dérangeante (une honte, une trahison, un souvenir difficile, la pensée que je peux faire du mal) peut se transformer en TOC de purification. « Je dois me laver parce que sinon je sens que je me salis de l’intérieur, je dois annuler cette pensée au moyen d’une pensée, d’une image ou d’un comportement plus rassurant. » Le corps et le mental deviennent le terrain d’une transaction symbolique impossible à clore.
Ce qu'on ressent dans un TOC
À la racine, il y a presque toujours la peur. La peur de la contamination, de la catastrophe, du chaos, de l’accident, du jugement, de l’échec.
Il y a aussi, et c’est ce qui déroute souvent, quelque chose qui ressemble au plaisir. Non pas la jouissance d’un plaisir libre, mais le soulagement intense d’un rituel accompli. Ce soulagement est si puissant, si régulier, qu’il finit par être attendu, recherché. Le rituel se ritualise encore plus. Il devient une fin en soi.
Enfin, la honte occupe une place centrale dans le vécu des patients. Ils savent pertinemment que leurs craintes sont disproportionnées, mais cette lucidité ne suffit pas à les libérer parce que le TOC ne relève pas du registre du raisonnement, mais de celui de l’émotion. Quand l’émotion prend le dessus, la logique ne pèse plus grand-chose.
Les visages du TOC
Le TOC se reconnaît à trois caractéristiques qui reviennent toujours :
- Irrépressible : cela traverse la personne, comme une vague qu’on ne peut pas arrêter.
- Inévitable : on ne peut pas faire autrement, même quand on voudrait faire autrement.
- Séquencé : cela revient selon une logique fixe, un ordre précis.
Et il peut prendre deux formes :
- Des pensées dérangeantes (des images, des scénarios catastrophes qui reviennent en boucle) auxquelles j’ajoute des pensées, des images plus rassurantes, pour les contrer ou les annuler.
- Des pensées magiques ou des croyances (si je fais ça, tout va bien se passer, rien d’embêtant ne va m’arriver à moi ou à mes proches) auxquelles j’ajoute des comportements (des rituels physiques, des vérifications, des répétitions).
Certains TOC ont une logique apparente comme par exemple vérifier que le gaz est éteint, que les portes sont fermées. D’autres sont franchement magiques comme compter jusqu’à sept avant de passer une porte, répéter une phrase mentale un nombre précis de fois jusqu’à ce que « je me sente bien ».
On parle alors de dimension sensorielle (je continue jusqu’à ce qu’une sensation interne soit satisfaisante) ou numérique (je compte, je répète, je séquence).
Pourquoi les médicaments ne suffisent souvent pas
C’est une donnée que mes patients découvrent souvent avec soulagement : les TOC répondent très peu aux traitements médicamenteux seuls. Les médicaments peuvent atténuer l’intensité, mais ils ne touchent pas à ce qui fait tenir le TOC : la logique interne qui lui donne sens.
La thérapie brève, et en particulier l’approche stratégique de Palo Alto telle que l’a développée Giorgio Nardone avec le Mental Research Institute, est aujourd’hui l’une des plus efficaces sur les TOC. Non pas parce qu’elle cherche à comprendre l’origine traumatique du symptôme, mais parce qu’elle s’attaque directement aux logiques qui le maintiennent.
En pratique, ce que ça donne en séance :
Formée à l’approche systémique de Palo Alto, j’identifie en séance avec précision les logiques qui entretiennent le TOC.
- La logique de contrôle
« Si je ne pense pas à mon rituel, si je résiste, ça va aller. »
Problème : plus on essaie de ne pas penser à quelque chose, plus on y pense. C’est ce qu’on appelle l’effet du « ne pensez pas à un éléphant rose ». Le combattant qui combat en permanence s’épuise et perd.
La réassurance, par exemple, est un mécanisme pervers : demander à un proche de vous confirmer que vous avez bien fermé le gaz vous soulage sur le moment, puis l’inquiétude revient et vous avez besoin d’une nouvelle confirmation.
La tentative de contrôle devient elle-même le carburant de l’obsession.
- La logique de croyance
La tentative de solution fonctionne si bien (le rituel soulage l’anxiété) que la personne développe une croyance absolue dans son efficacité. Je ne peux plus en faire moins, parce que chaque fois que j’ai essayé, l’anxiété est revenue. La croyance s’auto-valide : pour diminuer mon anxiété, mon TOC marche sur le court terme mais bien malgré moi en le réalisant, j’alimente mon niveau d’anxiété et je prépare la fois d’après.
- La logique d’évitement
Plus on évite une peur, plus elle grandit. C’est mécanique. L’évitement crée la peur, la peur crée l’évitement.
C’est pourquoi une technique centrale dans notre travail est de permettre un espace quotidien et délimité où la personne s’autorise à ressentir pleinement ce qu’elle craint, plutôt que de le fuir indéfiniment. Paradoxalement, affronter la peur de manière structurée la désarme beaucoup plus efficacement que la combattre ou l’esquiver.
Dès lors que cette logique est mise en évidence, j’y apporte une intervention précise et personnalisée, par le biais d’exercices à réaliser dans l’intervalle des séances.
Le changement, dans cette approche, peut être rapide. Et surtout, il vient de l’expérience, pas de la compréhension intellectuelle.
Un mot pour finir :
Peut-être vous retrouvez-vous dans ces mots ? Peut-être pensez-vous à quelqu’un que vous aimez ? Dans un cas comme dans l’autre, voici ce qu’il faut savoir : le TOC n’est pas une fatalité. C’est une solution qui, à force d’être répétée, a fini par se rigidifier et prendre le dessus. Mais ce qui s’est installé peut aussi se défaire. Le cerveau n’est jamais figé. Il peut toujours apprendre à faire autrement.
Le travail que je propose ne commence pas par un diagnostic, mais par une question : Qu’est-ce que cela vous coûte, qu’avez vous déjà essayé pour que cela change ?
À partir de là, nous construisons ensemble quelque chose de nouveau.