Renoncer à son but pour l’atteindre

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Renoncer à son but pour l'atteindre

Cet article s’adresse à tous ceux qui mettent toute leur volonté pour atteindre un objectif et qui malgré leurs efforts finissent par échouer.

Vous êtes parents. Vous souhaitez que votre enfant réussisse sa scolarité pour qu’il ait un avenir professionnel prometteur. Vous l’encouragez, le motivez, le conseillez. Mais ce dernier a plus tendance à vouloir faire la fête avec ses copains et ses notes scolaires sont en deçà de ce que vous espérez. 

Vous êtes sportif de haut niveau. Vous avez toujours réussi à performer dans votre discipline. Aujourd’hui, vous n’arrivez plus à retrouver vos performances d’antan malgré vos efforts. Vous êtes fatigué. Vous avez l’impression que votre corps ne répond plus. 

Vous êtes manager. Vous préparez depuis plusieurs mois un projet de grande envergure avec votre équipe. Vous argumentez les avantages du changement, pourtant votre équipe n’avance pas. Certains résistent, se rebellent, y mettent de la mauvaise volonté. Les réunions d’équipe ne sont pas productives.

Vous vous reconnaissez peut-être dans l’une de ces situations. Cela pourrait être aussi réussir ses études, perdre du poids, réussir sa vie professionnelle, atteindre le bonheur, retrouver un amour passionnel, trouver l’homme ou la femme de sa vie…

Comment, malgré tous vos efforts, expliquez vous le fait que vous n’arrivez pas à atteindre votre objectif ?  Pourtant au départ, vous partez avec de bonnes intentions…

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Il est tout à fait normal et naturel de se fixer des objectifs. Cela correspond à notre volonté d’avancer. Ces objectifs sont très divers comme ceux cités ci-dessus. Face à des objectifs, nous planifions des plans pour nous permettre d’obtenir rapidement ce que nous souhaitons. C’est ce que Grégory Bateson appelle le but conscient.  Pour illustrer la notion de but conscient, G. Bateson nous l’explique à travers l’histoire d’Adam et Eve :

« Il était une fois un jardin. Sur son sol riche poussaient en abondance et en équilibre parfait, plusieurs centaines d’espèces de fruits, d’arbres, de végétaux, d’insectes. Dans ce jardin vivaient deux singes plus intelligents que les autres animaux. L’un des arbres du jardin portait une pomme qui était si haut que les deux singes ne pouvaient l’atteindre. Ils se mirent à penser en fonction d’un but : celui de cueillir la pomme. De fil en aiguille, Adam alla chercher une caisse vide (A), la mit sous l’arbre et monta dessus. Voyant qu’il ne pouvait toujours pas atteindre son but, il amena une seconde boîte (B) qu’il empila sur la première. Il se hissa sur les deux boîtes et cueillit finalement la pomme (C). Ce singe, un certain Adam, venait d’inventer le principe du but conscient : celui d’atteindre la pomme. Le but conscient implique un mode de pensée linéaire : si A (au temps 1), alors B (au temps 2), alors j’atteins mon but conscient en C (au temps 3). Les deux singes commencèrent alors à se spécialiser dans ce genre d’opérations planifiées. Par exemple, ils se mirent à cultiver leur jardin. Leur but était de faire pousser des fruits, des légumes, des plantes dont ils raffolaient. Ils commencèrent par arracher les mauvaises herbes. Puis ils s’attaquèrent aux mauvaises bêtes nuisibles à leur jardin. Ils employèrent des pesticides pour tuer les limaces et les chenilles. Les pesticides apparurent comme la solution idéale dans un premier temps. Mais avec le temps, Adam se rendit compte qu’il était de plus en plus difficile de travailler la terre. Il se mit à gagner son pain à la sueur de son front. En dépit de tous ses malheurs, Adam continua à poursuivre son but d’obtenir toujours plus de beaux et gouteux fruits, de beaux et gouteux légumes et peu après le sol riche en humus s’appauvrit. Certains insectes alliés des jardins disparurent alors qu’ils jouaient un rôle clé dans la reproduction des graines, des plantes et des fruits. Certaines variétés de fruits et de légumes disparurent. Puis un jour, Adam s’est rendu compte que ces pesticides destinés aux bêtes nuisibles, se retrouvaient dans nos corps par les fruits et légumes que nous ingérions. Les pesticides, qui apparaissait au départ comme une solution, étaient devenus le problème ».

SMART

Comme le montre cette illustration, l’inconvénient du but conscient est d’avoir une vision très centrée sur notre but. Il limite notre champ de perception à d’autres informations plus larges. Nous avons tendance à privilégier dans notre environnement les éléments qui nous rapprochent de notre but et à négliger d’autres éléments qui à un moment donné finissent par réagir à notre action. De ce fait, avec notre mode de pensée linéaire (si A alors B alors C qui est notre but), nous devenons peu attentifs aux messages (feed-back) que nous envoie notre environnement. Un but conscient est donc une fixation sur un objectif qui à force de lutte pour l’atteindre génère de la souffrance et / ou des conséquences délétères.

Reprenons les exemples du départ :

Les parents, qui souhaitaient la réussite de leur enfant, n’ont pas tenu compte de la pression ressentie par ce dernier. L’enfant vivant de plus en plus mal cette situation, a eu besoin d’évacuer cette pression, soit en abandonnant ses études, soit en se rebellant, soit en procrastinant, soit en faisant la fête. La relation d’abord simplement abîmée, peut se dégrader jusqu’à la rupture.

Le sportif qui souhaitait exceller dans sa performance pour rester sous les feux des projecteurs a fini par ne plus écouter son corps. Son organisme lui envoyait pourtant des signes de tension, des crampes, de la fatigue. A vouloir trop contrôler son corps, il en avait fait un adversaire plutôt qu’un allié. Son corps a fini par ne plus répondre.

Ce chef d’entreprise qui souhaitait que son équipe fasse avancer le projet n’a pas tenu compte des résistances de ses salariés. Entre autres, il a décliné les propositions de son équipe les unes derrière les autres. Il s’est retrouvé avec des arrêts de travail, un turn-over important et finalement bien seul dans son projet.

Toutes ces personnes avaient un but conscient. Malgré leur bonne intention, elles n’ont pas pris en compte les signaux que leur envoyait leur environnement. A terme, cette négligence a abîmée la relation qu’elles entretenaient avec leur environnement. Elles en ont payé le prix fort. Cela nous amène à nous interroger sur la pertinence de s’accrocher à ses objectifs lorsque tout montre que notre volonté de les atteindre est génératrice de blocages relationnels ou de conséquences lourdes pour nous, les autres ou notre environnement. Nombre de situations bloquées au sein des relations humaines ou avec nous- même peuvent s’expliquer par cette fixation du but conscient.

objectif

Alors, cela veut-il dire qu’il faut renoncer à ses objectifs ?

Avoir un objectif dans la vie n’est pas un problème. Le problème, c’est de faire de cet objectif une fixation quand tous ce que vous essayez de faire pour y parvenir ne fonctionne pas. Vous entrez alors dans une lutte volontaire et consciente pour réaliser votre but. Vous vous coupez des informations que vous envoie votre environnement (votre corps, votre entourage…).

Vous pouvez ainsi lutter contre les autres si leurs comportements sont perçus comme susceptibles de donner à la relation une orientation différente de celle que vous voulez. Par exemple, vous pouvez tenter d’imposer des comportements à votre conjoint, vos enfants… ou encore imposer des orientations scolaires, professionnelles à vos enfants. Vous pouvez lutter contre vous-même si votre propre comportement ne vous paraît pas en adéquation avec votre but, sans voir que vous vous enfermez dans une voie sans issue. Toutes vos solutions plutôt que de vous rapprocher de votre but vous en éloignent, de telle sorte que vos solutions aggravent la situation.

Généralement, les problèmes se résolvent lorsque nous arrêtons de faire ce qui ne fonctionne pas. Ce que j’observe bien souvent avec mes patients qui arrêtent de lutter contre quelque chose qui n’arrive pas, c’est qu’ils finissent par obtenir tout ou partie de ce à quoi ils ont renoncé … Paradoxal, non ???

Alors si vous aussi, vous avez un but conscient qui génère de la souffrance pour vous ou votre entourage, n'hésitez pas à prendre rendez vous

“Paradoxalement, lâcher prise à propos d’un but, c’est parfois mieux l’atteindre, dans l’accueil et l’ouverture à ce qui vient.” Rosette Poletti

Si vous souhaitez aller plus loin, je vous invite à lire le livre de E. Herrigel : Le zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc. Le lecteurtrouvera de nombreux extraits illustrantle fond de cet article :

« L’art véritable, s’écria le Maître, est sans but, sans intention » ».

« Plus obstinément vous préserverez à vouloir apprendre à lâcher la flèche en vue d’atteindre sûrement un objectif, moins vous y réussirez, plus le but s’éloignera de vous. Ce qui pour vous est un obstacle, c’est votre volonté trop tendue vers une fin »

« L’archer zen, extrêmement perfectionniste, arrive à tous les niveaux de maitrise et finit par toucher le centre de la cible à une distance inouïe parce qu’il ne la vise plus, parce qu’il s’est bandé les yeux. Il atteint d’autant mieux son objectif qu’il ne cherche pas à l’atteindre ».

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